Louis Massignon
"Certes il y quelque chose d’humain qu’il faut sauver à tout prix dans cette accolade consolatrice de ceux ou de celles qui s’esseulent ensemble parce qu’ils se sont retrouvés dans une reconnaissance consolante et primordiale, dans cette amitié asexuée qui réunit deux âmes instinctivement par la contemplation de l’unité primitive où l’espèce humaine a été créée, avant la blessure au côté d’Adam d’où naquit Ève, mais Dieu n’y est pas encore trouvé dans la fissure de la différence des sexes. Et cette clôture à deux peut devenir un piège sans issue tandis que l’amour différencié qui, conjugal, oriente les corps, consentant à leur destin naturel de fécondité raciale au delà de la convoitise sexuelle immédiate les en émancipe par cela même et les conduit à la chasteté. Aussi est-ce lui qui, fraternel, transfère ainsi
les âmes jusqu’à la phase spirituelle propre à chacune, au delà de l’amitié entre compagnons et de l’agape confraternelle et c’est alors l’affinité d’élection enfin trouvée avec l’esprit saint non pas cette affinité mentale illusoire rêve idéal présenté comme l’apanage d’une élite qui finit par se matérialiser à Sodome en un narcissisme partagé en relations méta sexualisées pariales de souffrances affligées et subies, décevantes et destructrices. Sous l’arbre, chêne vert ou Térébinthe, de Mambré, le signe de la trinité sainte apparaît avec les trois anges éclairant le conflit. Ce qu’Adam n’avait pas su être devant Ève, tenté, en paradis, Abraham le devient en présence de Sodome coupable, Père de tous les croyants, aïeul prédestiné de l’église."

