autrefois, jadis et naguere



dimanche, février 03, 2008

Gerpil

Les heures que j'ai passées à me finir au Gerpil
Avec des filles de rien que j'appelais Monsieur
Qui faisaient vibrer pour moi leurs miches et leurs faux-cils
Pour m'envoyer le soir un peu de poudre aux yeux
C'était des heure perdues que je gagnais quand même
J'y perdais l'équilibre et parfois la raison
Aux dernières années de ma vie de Bohême
Avec des enfants de choeur qui sortaient de prison

C'est une maladie comme on dit de jeunesse
Je suis un vieux gamin assez mal conservé
J'ai toujours adoré les chemins de traverse
Qui vont du Sacré-Coeur aux quartiers réservés
Je ne demande rien aux gens que je fréquente
Qu'ils soient flics ou curés, à vrai dire je m'en fous
Des mâles à toute épreuve égarés chez les tantes
Pour prendre un peu leur pied ou pour se faire des sous

C'est peut-être au Gerpil à l'heure du délire
A l'heure où l'on zigzague en croyant marcher droit
Que j'ai vu mélanger le meilleur et le pire
Et la droite et la gauche et l'envers et l'endroit
Et mourir quelquefois, un peu comme on rigole
Spectacles étonnants qui ne m'ont rien appris
Pourtant ce fut pour moi une excellente école
Car ce qui ne vaut rien n'a jamais eu de prix.

Paroles:

http://dimey.online.fr/disco.php

lundi, février 05, 2007

repenser l'identité

"On peut le regretter, mais il n'en est pas moins vrai que nous avons appris à désirer à l'intérieur des normes hétérosexuelles et des structures sexistes que nous ne pouvons plus trouver naturelles, ni exhaustives de toutes nos possibilités d'identification. Puisque la déconstruction de cette identité imposée n'effacera pas l'habitude du désir, il serait peut-être plus profitable de mettre à l'épreuve la résistance à l'identité depuis l'intérieur du désir tel que nous l'avons appris. Si on peut douter que le désir entre des hommes, ou entre des femmes, soit un désir pour « le même », il est également vrai que, puisque nous avons été formés au désir en étant imprégnés de cette idée, l'homosexualité peut devenir un modèle privilégié de rapport au même. Ce modèle rend manifeste non les limitations mais la valeur inestimable des relations de similitude, ou plus exactement de l'homo-relationnalité. Le désir gay recèle peut-être une inaptitude révolutionnaire à la socialité hétéroïsée — c'est-à-dire bien sûr à la socialité telle que nous la connaissons. La conséquence politique la plus radicale de l'homoïté que je propose d'explorer dans le désir gay est une redéfinition si fondamentale de la socialité qu'elle pourrait exiger, au moins provisoirement, de renoncer à la relationnalité elle-même.
C'est ce projet difficile que nous hasarderons dans le quatrième chapitre avec Gide, Proust et Genet. Il ne faut pas comprendre cette entreprise littéraire comme un appendice divertissant aux arguments avancés dans le reste du livre, mais au contraire comme une contribution essentielle. Ces écrivains — contrairement aux théoriciens gays et lesbiens actuels — sont attirés par les tendances anticommunautaristes qu'ils découvrent dans le désir homosexuel. Pour eux, l'altérité peut être conçue comme offrant une série de relais pour un processus d'extension de soi. Aussi éloignés que possible de nos propres débats théoriques, L'Immoraliste, Sodome et Gomorrhe et Pompes funèbres y contribuent pourtant de façon cruciale : ils démontrent en effet comment le désir pour le même peut nous libérer de la psychologie oppressive qui conçoit le désir comme manque et fonde la socialité sur le trauma et la castration. Une nouvelle réflexion sur l'homoïté pourrait nous amener à une dévalorisation salutaire de la différence — ou, plus exacte-ment, à concevoir la différence non comme un traumatisme qui
doit être surmonté (conception qui entretient, entre autres choses, l'antagonisme entre les sexes), mais comme un supplément inoffensif au même."

Léo Bersani , Homos, repenser l'identité, Odile Jacob

dimanche, février 04, 2007

Repnser l'identité

"L'homophobie est loin d'être morte aux États-Unis. Du moins a-t-elle de plus en plus mauvaise conscience. Et ce, malgré le fait qu'elle pourrait sembler sinon encouragée, du moins tolérée dans la plupart des États américains par l'absence de toute législation interdisant la discrimination sur la base de l'orientation sexuelle dans des domaines tels que l'emploi et le logement. En France, en revanche, alors que cette forme de discrimination est formellement interdite par la loi, l'homophobie, à en juger par la panique déclenchée récemment par la perspective de la reconnaissance juridique du couple gay, semble se porter à merveille. Cet apparent paradoxe s'explique facilement : la législation « prouve » que la France n'est pas un pays homophobe, ce qui permet aux arguments homophobes contre le mariage gay de se présenter comme reposant sur d'autres considérations ou impératifs, d'un ordre plus « élevé ». De telles unions représenteraient une menace pour l'ordre social, sans parler de l'ordre naturel dont ces arguments présupposent toujours la fragile mais indisputable hétérosexualité. Il est ainsi tout à fait possible de défendre les droits civiques des homosexuels (à l'exception du droit au mariage...) tout en nourrissant la conviction plus ou moins avouée que l'homosexualité est contre nature'. Ce serait par pure générosité que la société majoritaire octroierait aux gays et lesbiennes quelques-uns des droits dont jouissent la plupart des citoyens — la sélection de ces droits revenant donc tout naturellement à la majorité elle-même. Il y aurait ainsi des citoyens à part entière et des citoyens défectueux — avec ce paradoxe étrange que l'un des arguments opposés à la formation d'une identité minoritaire par les homosexuels (pour ne parler que de cette minorité-là) est précisément que de telles formations s'opposent à la primauté et à l'autorité de l'identité qu'ont en commun tous les Français : celle de citoyens de la République. A la différence de toutes les autres sociétés déchirées par la haine entre des groupes dont chacun défend férocement sa particularité, la France offrirait le modèle heureux d'une société universaliste où la reconnaissance d'une identité commune à tous les citoyens garantirait à chacun ses droits. Quelle perversité, alors, de la part des homosexuels de vouloir chercher une identité gay ou queer, eux qui, contrairement aux minorités raciales et ethniques, n'ont pas à souffrir d'un lourd passé identitaire ne sont « particuliers » que par un simple goût sexuel, et qui, ne serait-ce que grâce à la persécution qui les a toujours poussés à se dissimuler le mieux possible parmi ceux qui ne partagent pas ce goût, pourraient si facilement passer pour des citoyens normaux !
L'un des grands mérites des études queer est de proposer des analyses historiques permettant de mettre en évidence la confusion et la mauvaise foi qui règnent dans les polémiques actuelles, non seulement à propos de la reconnaissance juridique du couple gay, mais aussi et surtout contre la recherche d'une identité gay. Inspirés par les travaux de Foucault sur l'histoire de la sexualité (travaux dont la résonance a été beaucoup plus profonde aux États-Unis qu'en France), les historiens américains ont insisté sur le statut conceptuel de l'homosexuel. L'acte sexuel entre deux hommes (ou deux femmes) n'est pas un phénomène moderne ; ce qui est moderne, selon ces analyses, c'est l'invention de l'homosexuel comme type psychologique. Cette reconfiguration de certaines préférences érotiques en un type de caractère — en une sorte d'essence à détermination érotique — est, comme Foucault l'a établi de manière convaincante, un projet foncièrement disciplinaire. Loin d'être ce que des cohortes de commentateurs français ont dénoncé comme une menace antidémocratique au sein d'un universalisme foncièrement démocratique, l'identité homosexuelle est en fait une création hétérosexuelle. Elle constitue un des maillons importants dans une stratégie plus générale de classification visant à rendre totalement intelligibles, et par là susceptibles de manipulation, les activités érotiques des corps humains. Ce n'est donc pas l'existence d'une identité gay qui dérange ses critiques, mais d'une identité gay définie par les gays eux-mêmes, et dans leurs propres termes."

Léo Bersani, Homos, repenser l'identité, Odile Jacob

samedi, janvier 27, 2007

Corydon

— J'avoue que je prends quelques précautions oratoires. Avant d'aborder la question, je cite Pascal et Montaigne.
— Qu'ont-ils bien à voir là-dedans?
— Tenez : ce sont deux phrases que je veux épingler en épigraphe; il me semble qu'elles posent la discussion sur un bon pied.
— Voyons ces citations.
— Vous connaissez celle de Pascal : J'ai grand-peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature.
En effet, j'ai dû voir cela.
Je souligne le « j'ai grand-peur ».
Parce que?
Il me plaît qu'il soit effrayé. Je m'assure qu'il y a de quoi.
— Et voyons le Montaigne.
— Les lois de la conscience, que nous disons naître de la nature, naissent de la coutume.
— Je sais que vous avez de la lecture. On trouve ce qu'on veut, dans une bibliothèque bien faite, en cherchant bien. N'importe! pour une ligne échappée à Pascal, et que vous interprétez comme il vous plaît, vous avez beau front de vous abriter derrière lui!
— Croyez que je n'avais que l'embarras du choix. J'ai copié de lui d'autres phrases qui montrent que je ne fausse pas sa pensée. Lisez.
Il me tendit un feuillet où les mots suivants étaient transcrits :
La nature de l'homme est tout nature, omne animal. Il n'y a rien qu'on ne rende naturel. Il n'y a naturel qu'on ne fasse perdre.
— Ou si vous préférez :
— Il me tendit un autre feuillet, où je lus :
Sans doute que la nature n'est pas si uniforme. C'est la coutume qui fait donc cela, car elle contraint la nature; et quelquefois la nature la surmonte, et retient l'homme dans son instinct, malgré toute coutume, bonne ou mauvaise.
— Prétendez-vous que l'hétérosexualité soit simple affaire de coutume?
— Non point! Mais que nous jugeons selon la coutume en ne tenant pour naturel que l'hétérosexualité.
— Pascal serait flatté s'il savait à quelles fins vous le faites servir!
— Je ne pense pas dévoyer sa pensée. Il importe de comprendre que, là où vous dites « contre nature », le mot « contre coutume » suffirait. Persuadés de cela nous aborderons la question avec moins de prévention, je l'espère.
— Votre citation fait arme à deux tranchants; je la peux rétorquer contre vous : importées d'Asie ou d'Afrique en Europe, et d'Allemagne, d'Angleterre
ou d'Italie en France, les coutumes de pédérastie ont pu, de-ci de-là, nous contaminer quelque temps. Dieu merci ! le naturel et bon vieux fonds gaulois a toujours reparu, galant comme il convient, gaillard même au besoin, robuste'.
Corydon s'était levé et marcha quelques instants par la chambre sans rien dire. Il reprit enfin :
– Cher ami, je vous en supplie, ne faites pas intervenir ici une question de nationalisme. En Afrique où j'ai voyagé, les Européens se sont persuadés que ce vice est admis; l'occasion, la beauté de la race aidant, ils y donnent plus libre cours que dans leur pays d'origine; cela fait que, de leur côté, les musulmans sont convaincus que ces goûts leur viennent d'Europe...
– Laissez-moi croire cependant que l'exemple et l'entraînement jouent leur rôle; et les lois de l'imitation...
– Ne vous êtes-vous pas avisé qu'elles agissent aussi bien dans l'autre sens? Souvenez-vous du mot profond de La Rochefoucauld : 11 5 a des gens qui n'auraient jamais été amoureux s'ils n'avaient jamais entendu parler de l'amour. – Songez que, dans notre société, dans nos moeurs, tout prédestine un sexe à l'autre; tout enseigne l'hétérosexualité, tout y invite, tout y provoque, théâtre, livre, journal, exemple affiché des aînés, parade des salons, de la rue. Si l'on ne devient pas amoureux avec tout fa, c'est qu'on a été mal élevé, s'écrie plaisamment Dumas fils dans la préface de la Question d'Argent. Quoi! si l'adolescent cède enfin à tant de complicité ambiante, vous ne voulez pas supposer que le conseil ait pu guider son choix, la pression incliner, dans le sens prescrit, son désir! Mais si, malgré conseils, invitations, provocations de toutes sortes, c'est un penchant homosexuel qu'il manifeste, aussitôt vous incriminez telle lecture, telle influence; (et vous raisonnez de même pour un pays entier, pour un peuple); c'est un goût acquis, affirmez-vous; on le lui a appris, c'est sûr; vous n'admettez pas qu'il ait pu l'inventer tout seul.
– Je n'admets pas qu'il ait pu l'inventer s'il est sain, précisément parce que je ne reconnais ce goût pour spontané que chez les invertis, les dégénérés ou les malades.
– Eh quoi ! voici ce goût, ce penchant, que tout cache et que tout contrarie, qui n'a permission de se montrer ni dans les arts, ni dans les livres, ni dans la vie, qui tombe sous le coup de la loi dès qu'il s'affirme et qu'aussitôt vous clouez à un pilori d'infamie, en butte aux quolibets, aux insultes, au mépris presque universel...
– Calmez-vous ! calmez-vous ! Votre uraniste est un grand inventeur.
– Je ne dis pas qu'il invente toujours; mais je dis que, lorsqu'il imite, c'est qu'il avait envie d'imiter; que l'exemple flattait son goût secret.
– Décidément vous tenez à ce que ce goût soit inné.
– Tout simplement je le constate... Et me permettrez-vous de remarquer que ce goût, de plus, ne se peut guère hériter, pour cette spécieuse raison que l'acte même qui le transmettrait est nécessairement un acte d'hétérosexualité...
– La boutade est ingénieuse.
– Avouez qu'il faut que cet appétit soit bien fort, bien irrépressible, bien enfoncé dans la chair même, disons le mot : bien naturel, pour résister aux avanies
et ne point consentir enfin à disparaître. Il ressemble, ne trouvez-vous pas, à un jaillissement continu qu'ici à grand-peine on aveugle, qui resurgit un peu plus loin, dont on ne peut sécher la source. Sévissez, vous aurez beau faire! Comprimez! Opprimez! Vous ne supprimerez pas.

samedi, janvier 13, 2007

Ahem !

L'expression "French scholars" en psychanalyse a été utilisé par par moi en première fois,
en contre du terme "freud scholars" utilisé par C.Meyer dans Le livre noir de la psychanalyse.
Tapez donc "French scholars psychanalyse" sur Geoogle...

Hynapak (<45a909d2$0$5097$ba4acef3@news.orange.fr>)

vendredi, janvier 12, 2007

Un projet évangélique

Jésus passe son temps dans les évangiles à déplacer tous les gens qu’il rencontre, à les sortir de leur identité. Que l’identité soit infamante (comme celle du percepteur ou de la prostituée), “ bien vue ” par la norme de son temps (comme les juifs pieux) ou “ bien vue ” par les lecteurs auquel sont destinés les évangiles (comme les disciples que Jésus passe son temps à secouer).

Paul invite à abandonner les marqueurs identitaires du judaïsme mais n’incite pas à en fabriquer de nouveaux identifiant à la nouvelle religion. Comme l’écrit Alain Badiou (4) “ la vérité est diagonale au regard de tous les sous-ensemble communautaires, elle ne s’autorise d’aucune identité et n’en constitue aucune ”. Pourtant, deux mille ans plus tard, non seulement nous accumulons les marqueurs identitaires (hétéros-français-protestants-libéraux, par exemple) (5) mais nous voulons faire rentrer les autres – les gays en l’occurrence – dans l’identité que nous aurions choisi pour eux. Il y aurait le “ mauvais ” gay (la drag-queen, le sado-maso etc.) et le “ bon ” gay, clone de Bertrand Delanoë par exemple. Une partie des gays et lesbiennes jouent ce jeu, inventant une identité gaie ou juste une assimilation à l’identité hétéro. Dans les deux cas, enfermé identitairement de toute façon, comme l’hétéro l’est aussi. En opposition à cela, dans la lignée de Michel Foucault, est né dans les années 80 aux Etats-Unis, le mouvement Queer. David Halperin, un des théoriciens du Queer, explique (6) : “ A la différence de l’identité gay, qui bien que résolument conçue comme un acte d’affirmation, n’en reste pas moins ancrée dans le fait positif d’un choix d’objet homosexuel, l’identité queer n’a aucun besoin de se fonder sur une vérité quelconque ou sur une réalité stable. (…) Le queer ne délimite donc pas une positivité mais une position par rapport au normatif (…) Foucault conçoit l’homosexualité non pas comme une espèce nouvellement libérée d’êtres humains, mais comme une position marginale stratégique, à partir de laquelle il est possible d’entretenir et de créer de nouvelles formes de rapports à soi-même et aux autres ”. Pour Foucault reprenant la démarche grecque ancienne, “ l’œuvre à faire, explique Didier Eribon, ce sera alors la vie, qu’il s’agira de réinventer individuellement et collectivement, afin de n’être plus les mêmes que ce que nous étions, et d’échapper à ce qu’on fait de nous ”. Ne retrouve-t-on pas la structuration du sujets selon le “ non…mais ” que pointe Badiou chez Paul ? “ Structuration du sujet selon un “ non…mais ” dont il faut entendre qu’il n’est pas un état, mais un devenir (…) Car le “ non ” est dissolution potentielle des particularités fermées (dont “ loi ” est le nom), cependant que le “ mais ” indique la tâche, le labeur fidèle dont les sujets du processus ouvert par l’événement (dont le nom est “ grâce ”) sont les co-ouvriers ”. Seul bémol à cette citation de Badiou : l’événement n’est-il pas la résurrection du christ (“ mort et ressuscité ”), la “ traversée pascale ” dont on a vu qu’elle pouvait s’actualiser individuellement dans la sortie du placard ? De la modification des corps (piercing, body-building…) à l’invention de nouvelles formes de familles, d’un certain rythme de la phrase, du geste, à la création de nouvelles formes de fêtes et de musiques, ce “ labeur ” est bien un chemin collectif d’invention de soi-même qui est alors possible, un déplacement permanent de sa propre nature humaine, un exil créateur permanent ne s’arrêtant dans aucune identité. Regarder réellement la gay-pride, comme on prend le temps de regarder un paysage pour en saisir tous les détails, c’est alors prendre le risque de ne plus voir une foule d’homos se ressemblant tous mais de distinguer des personnes individuelles dans leur diversité, de voir qu’il y a quelque chose d’encore plus “ bizarre ” que ce que nous pensions : des individus qui inventent de nouvelles formes de natures humaines.

jeudi, janvier 11, 2007

Lacan homophobe ?

Si la théorie analytique assigne à l'Oedipe une fonction normativante,
rappelons nous que notre expérince nous apprend qu'il ne suffit pas
qu'elle conduise le sujet à un choix objectal, mais qu'il faut encore que
ce choix d'objet soit hétérosexuel.

Séminaire IV Seuil 1994 p 201

"fait une face du drame de l'homosexualité"
Séminaire I Seuil 1998 p341

"la relation intersubjective qui sous-tend le désir perevrs ne se
soutient que de l'anéantissement, ou bien du désir de l'autre,
ou bien du désir du sujet."

Ibid. p 342

"Les homosexuels, on en parle. Les homosexuels, on les soigne,
on ne les guérit pas. Et ce qu'il y a de plus formidable c'est qu'on ne
les guérit pas malgré qu'ils soient absolument guérissables."

Séminaire V Seuil 1998 p 207

"Nul point de vue culturaliste n'a ici à se faire valoir. Que l'on ne
vienne pas nous dire, sous prétexte que c'était une perversion reçue,
approuvée, voire fêtée, que ce n'était pas une perversion. L'homosexualité
n'en restait pas moins ce que c'est, une perversion." J. Lacan

samedi, septembre 16, 2006

Sexe et dépendances

"Je précise que dans mon esprit, les longues relations sont celles qui durent plus d'un an. Si ce n'est pas le cas, j'appelle cela fréquenter quelqu'un, même si les sentiments sont sérieux. Lorsque les gens sont ensemble depuis cinq ans ou plus, je les range d'habitude dans la catégorie "mariés", et lorsque la relation deate de plus de dix zns, les deux partenaires deviennent pout moi des colocataires qui ont la particularité de coucher ensemble de temps à autre".

Stephen McCauley. Sexe et Dépendances.

mardi, juin 27, 2006

Ode a Priape.


Foutre des neuf garces du Pinde,
Foutre de l’amant de Daphné,
Dont le flasque vit ne se guinde,
Qu’à force d’être patiné :
C’est toi que j’invoque à mon aide,
Toi qui dans les cons, d’un vit raide,
Lance le foutre à gros bouillons ;
Priape soutiens mon haleine,
Et pour un moment dans ma veine,
Porte le feu de tes couillons.

Que tout bande, que tout s’embrase ;
Accourez putains et ribauds :
Que vois-je ?... Où suis-je... Ô douce extase !...
Les cieux n’ont pas d’objets si beaux.
Des couilles en bloc arrondies,
Des cuisses fermes et bondies,
Des bataillons de vits bandés,
Des culs ronds sans poils et sans crottes,
Des cons, des tétons et des mottes,
D’un torrent de foutre inondés.

Restez adorables images,
Restez à jamais sous mes yeux ;
Soyez l’objet de mes hommages,
Mes législateurs et mes dieux :
Qu’à Priape on élève un temple
Où jour et nuit l’on vous contemple,
Au gré des vigoureux fouteurs ;
Le foutre y servira d’offrandes,
Les poils de couilles de guirlandes,
Les vits de sacrificateurs.

Aigle, baleine, dromadaire,
Insecte, animal, homme, tout,
Dans les cieux, sous l’eau, sur la terre,
Tout nous annonce que l’on fout :
Le foutre tombe comme grêle,
Raisonnable ou non, tout s’en mêle,
Le con met tous les vits en rut :
Le con du bonheur est la voie,
Dans le con gît toute la joie,
Mais hors du con point de salut.

Quoique plus gueux qu’un rat d’église,
Pourvu que mes couillons soient chauds,
Et que le poil de mon cul frise,
Je me fous du reste en repos.
Grands de terre l’on se trompe,
Si l’on croit que de votre pompe
Jamais je puisse être jaloux :
Faites grand bruit, vivez au large ;
Quand j’enconne et que je décharge,
Ai-je moins de plaisirs que vous ?

Que l’or, que l’honneur vous chatouille,
Sots avares, vains conquérants ;
Vivent les plaisirs de la couille !
Et foutre des biens et des rangs.
Achille aux rives du Scamandre,
Pille, détruit, met tout en cendres ;
Ce n’est que feu, que sang, qu’horreur :
Un con paraît, passe-t-il outre ?
Non, je vois bander mon jean-foutre ;
Le héros n’est plus qu’un fouteur.

De fouteurs la fable fourmille :
Le soleil fout Leucothoé,
Cynire fout sa propre fille,
Un taureau fout Pasiphaé ;
Pygmalion fout sa statue,
Le brave Ixion fout la nue ;
On ne voit que foutre couler :
Le beau Narcisse pâle et blême,
Brûlant de se foutre lui-même,
Meurt en tachant de s’enculer.

Socrate, direz-vous, ce sage,
Dont on vante l’esprit divin,
Socrate a vomi peste et rage,
Contre le sexe féminin :
Mais pour cela le bon apôtre,
N’en n’a pas moins foutu qu’un autre ;
Interprétons mieux ses leçons :
Contre le sexe il persuade ;
Mais sans le cul d’Alcibiade,
Il n’eût pas tant médit des cons.

Mais voyons ce brave cynique,
Qu’un bougre a mis au rang des chiens,
Se branler gravement la pique,
À la barbe des Athéniens :
Rien ne l’émeut, rien ne l’étonne ;
L’éclair brille, Jupiter tonne,
Son vit n’en est point démonté ;
Contre le ciel sa tête altière,
Au bout d’une courte carrière,
Décharge avec tranquillité.

Cependant Jupin dans l’Olympe,
Perce des culs, bourre des cons ;
Neptune au fond des eaux y grimpe,
Nymphes, sirènes et tritons ;
L’ardent fouteur de Proserpine,
Semble dans sa couille divine,
Avoir tout le feu des enfers :
Amis, jouons les mêmes farces ;
Foutons tant que le con des garces
Nous foute enfin l’âme à l’envers.

Tysiphone, Alecto, Mégere,
Si l’on foutait encor chez vous,
Vous Parques, Caron et Cerbère,
De mon vit vous tâteriez tous :
Mais puisque par un sort barbare,
On ne bande plus au Ténare,
Je veux y descendre en foutant ;
Là, mon plus grand tourment, sans doute,
Sera de voir que Pluton foute,
Et de n’en pouvoir faire autant.

Redouble donc tes infortunes,
Sort, foutu sort, plein de rigueur ;
Ce n’est qu’à des âmes communes
À qui tu peux foutre malheur :
Mais la mienne que le vit d’un carme,
Se ris des maux présents, passés :
Qu’on m’importe ? mon vit me reste ;
Je bande, je fous, c’est assez.

vendredi, mars 03, 2006

Frère Marc-Francois.

JACQUES LACAN ET LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ

Sermon prononcé par Dom Marc-François Lacan à la mémoire de son frère, le 10 septembre 1981 en l'église Saint Pierre du Gros Caillou

Jacques Lacan a parlé. Pourquoi ? Pour le savoir, faut-il écouter ceux qui, depuis sa mort, parlent moins de lui que de leur propre positioin à son égard ? Ce n'est pas le bon moyen. Ce qu'il faut, c'est rappeler qui il était. Il était un homme. Cet homme cherchait la vérité ; le chemin qu'il ouvrait pour la chercher était la Parole.

L'HOMME :

Les sciences de l'homme sont sans doute ainsi appelées parce qu'elles nous enrichissent d'un savoir sur diverses fonctions de l'homme ; ce faisant, elles nous permettent de masquer et d'oublier notre ignorance de l'homme lui-même, notre inattention au fait que chaque homme est un mystère. Un mystère qui reste insondable.

Jacques Lacan, c'est d'abord un homme attentif à l'homme, à sa réalité toujours inaccessible, à son désir dont le caractère propre est de ne jamais pouvoir être satisfait.

Dans le monde intellectuel, il était classé tantôt comme psychanalyste, tantôt comme philosophe, voire comme poète, ou encore comme structuraliste, surréaliste, acteur … La liste pourrait s'allonger. Or il est avant tout un homme, dont il ne suffit pas de dire qu'il était humain. Sa contribution à la psychanalyse, si importante qu'elle soit, ne permet pas de dire qui il était. Bien au contraire, c'est parce qu'il était cet homme unique, nommé Jacques Lacan, qu'il a pu mettre en valeur la découverte inaugurée par Freud : celle de l'inconscient. Mise en valeur telle que le monde des psychanalystes ne l'a pas accueillie sans émoi.

Mais qu'est-ce donc que l'inconscient ? En entendant ce mot, chacun s'en soucie d'en demander une définition. Un tel souci révèle le plus souvent, moins une recherche de la clarté, que la fuite devant un mystère qui inquiète et qui cependant caractérise la vie psychique dans sa réalité.

L'inconscient échappe à toute définition ; il désigne l'homme lui-même dans cette dimension de son mystère qui ne donne aucune prise à sa conscience. Parler à l'homme de l'inconscient, c'est lui rappeler ce qu'il s'applique à oublier ; c'est le sauver de cet oubli que tout est organisé pour favoriser en cette fin du XXème siècle. C'est lui rappeler en effet que son centre est ailleurs qu'en lui-même. C'est lui faire découvrir que le chemin à suivre n'est pas celui que Descartes a inauguré : « Je pense donc je suis ». Cette déduction sur laquelle Descartes prend appui va-t-elle lui permettre de connaître ce « Je » qui pense ? Lacan réplique : « Je ne suis pas ce que je pense ».

La vérité ainsi formulée jaillit de la découverte de l'inconscient, autrement dit de l'homme lui-même. La reconnaissance de l'inconscient permet à l'homme d'avoir accès à sa réalité ; loin de s'enfermer dans les limites de la vie consciente, il doit s'ouvrir à une relation qui le constitue, à une relation avec l'Autre . Une telle relation suscite une recherche ; la recherche de la vérité, de la vérité sur l'Autre, et inséparablement de la vérité sur l'homme, constituée par sa relation à l'Autre.

LA VERITE :

Jacques Lacan était un homme, donc un chercheur de vérité. La vérité : ce mot fait peur. Chacun, comme Pilate, réagit en disant : « Qu'est-ce que la vérité ? », et en s'en allant sans attendre la réponse.

Lacan a découvert, grâce à Freud, le moyen d'entendre la réponse : « Freud, écrit-il, a su laisser, sous le nom d'inconscient, la vérité parler » [i]. Laisser parler la vérité, voilà le moyen, le seul, de la connaître. Aucun savoir ne donne accès à cette connaissance. Ecouter la vérité est l'unique nécessaire. Si la conscience peut entendre la vérité, il arrive souvent cependant qu'elle s'y ferme. L'inconscient est la voix de la vérité refoulée : plus précisément, il est la voie, c'est-à-dire le chemin par lequel elle passe, lorsque l'homme a refusé de l'entendre.

Ici prend place l'intervention du psychanalyste. Il se tait ; mais il invite à parler, pour chercher à entendre la vérité qui va passer par des chemins inattendus, la vérité dont va peut-être accoucher –non sans douleur- l'homme qui parle.

Ce que Lacan invite le psychanalyste à écouter, est-ce le malade ? C'est bien plutôt la vérité que celui-ci a refoulée, la vérité de son désir. C'est ce type d'écoute qui fonde sa méthode de psychanalyste. Il s'agit d'écouter la vérité pour pouvoir la dire. Mais Lacan sait « qu'il est impossible de dire toute la vérité ; c'est par cet impossible que la vérité tient au réel » [ii].

Le réel est en effet inaccessible dans sa plénitude. Nous le réduisons à ce que nous en savons. Nous pouvons toutefois nous ouvrir à la connaissance du réel, et répondre ainsi au désir profond qui nous constitue. Mutiler ce désir nous rend malades, psychologiquement ou spirituellement. La santé, comme la sainteté, exige que nous cherchions la vérité, et pour cela, que nous l'écoutions parler.

LA PAROLE :

Nous pouvons répondre maintenant à notre question initiale : « Pourquoi Jacques Lacan parle-t-il ? » Car, depuis sa mort, il parle encore.

On lui reproche son style, et l'obscurité qui le caractérise. Il réplique : « Il suffit de dix ans pour que ce que j'écris devienne clair pour tous » [iii].

Il faut ajouter ceci : chaque fois qu'un homme est porteur, non d'un savoir à communiquer, mais d'une parole invitant à chercher la vérité et, pur cela, à l'écouter, il se heurte à un refus qui se masque souvent derrière une accusation : « Ce qu'il dit est impossible à entendre ». (cf. Evangile selon Saint jean, 6.60).

Lacan n'a pas parlé pour autre chose que pour ouvrir la porte à la Parole qui vient d'ailleurs, à cette Parole de l'Autre dont l'inconscient atteste la présence ; cette présence est réelle, et sa réalité est manifestée par la peur qu'elle provoque et le refus d'écouter qui est le fruit de cette peur.

A travers l'œuvre écrite de Lacan, que faut-il donc chercher ? Un enseignement oral inachevé et figé ? Nullement. Ce qu'il faut découvrir, c'est un homme en quête de vérité, vérité qui est le trésor évoqué dans la fable : il fallait creuser le champ pour trouver le trésor caché. Ce trésor de la vérité appartient à ceux qui apprennent par expérience que ce trésor n'est rien qu'on puisse posséder.

Le bonheur de l'homme, c'est de décider s'ouvrir à la Parole de l'Autre. Ce désir est suscité par une présence sans laquelle l'homme n'est plus lui-même et grâce à laquelle jaillit de lui une parole qui rend témoignage à la vérité, une parole qui exprime son désir toujours nouveau de la source de sa vie d'homme.

La parole de Jacques Lacan inquiète les hommes, car elle les oblige à sortir de leur fausse paix, en posant la vraie question que voici. En effet, je n'ai pas à me demander : « Que posséder ou que savoir pour devenir un homme heureux ? ». Mais la vraie question à me poser, c'est : « Qui m'appelle à trouver dans sa recherche le sens de ma vie ? ».

Marc-François Lacan,

Moine bénédictin

Marc-François Lacan

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