Attali, Cantor et le Web ! (1997)
Dans "Le Monde" daté du 7 Août 1997 Jacques Attali nous présente internet comme "le septième
continent" moteur d'une économie virtuelle créant des emplois réels, et nous invite,
nous Européens à conquérir ce continent, notre survie, selon lui, en dépendant.
Qu'on permette à l'un des pionniers de l'Internet en France d'exprimer un point de vue
différent, si non divergeant.
Il y a l'Internet, le réseau crée avec des financements militaires des Etats-Unis d'Amérique,
une des réponses du président Eisenhower au lancement du premier spoutnik par l'Union Soviétique,
qui a connu une croissance fulgurante dans le monde de l'éducation et de la recherche dans
les années 1980, puis dans l'industrie et le grand public dans les années 1990.
Alors est apparu le "World Wide Web" avec le protocole http développé au CERN, dans les années
1992. Et l'Internet a donné naissance à internet. L'Internet a été rendu possible grace au
travail désintéressé, à l'entraide, à l'enthousiasme, de dizaine de milliers d'Internautes,
qui ont mis en place une véritable économie virtuelle ou les produits proposés n'avaient pas
de prix, d'autant plus qu'ils étaient gratuits, mais dont les auteurs étaient récompensés
par l'estime d'une communauté nouvelle.
La toile a changée cela, l'Internet devenant internet et la métaphore d'un commerce mondialisé
sans entraves. La technologie du PUSH, évoquant pour les capitalistes le modèle réussi
de la publicité télévisuelle, connaît un grand succès au détriment de la technologie du
PULL, ou l'intelligence de l'Internaute prévalait. L'Internaute est devenu lui aussi
internaute, et surtout un consomateur, non pas virtuel mais potentiel.
De la meme facon que les travaux de Cantor ont permis à l'infini mathématique de passer
du statut d'infini potentiel à celui d'infini actuel, la toile va permettre le passage
d'une économie potentielle à une économie actuelle et bien réelle, qui va certainement
créer des emplois nouveaux, tout en participant à la disparition d'intermédiaires
devenus inutiles.
Un continent bien réeel est exclu de cette dynamique, l'Afrique, désert de connectivité, car
marché non solvable pour internet, mais pouvant, oh combien, profiter de l'Internet.
Le continent virtuel proposé par J. Attali est le continent égoiste des pays riches, le continent
d'internet, l'Internet ne s'y reconnait pas.
Puissent les Africains d'Afrique ne pas connaître le sort des Indiens d'Amérique dans la
découverte de ce septième continent.
Puissent les Internautes continuer à promouvoir la technologie de l'Internet dont le très
faible coût, par rapport aux technologies précédentes, et l'extraodinaire robustesse et
efficacité (l'Internet passe la ou la télécopie trépasse) doit permettre la croissance
économique forte des pays oubliés.
Le moteur de la croissance au XXI ème siècle, et ce serait la l'honneur de l'Europe, doit venir
d'un continent réel, l'Afrique.
Bruno Mannoni.

